Astuces

Smartphones et enfants : pourquoi le ministère dit d’assumer le conflit avec votre enfant

Smartphones et enfants : pourquoi le ministère dit d’assumer le conflit avec votre enfant

En moyenne, les enfants reçoivent leur premier smartphone à l’âge de 10 ans. C’est ce que révèle le ministère de l’Économie des Pays-Bas dans le cadre de la campagne Blijf in Beeld — que l’on pourrait traduire par Reste dans le tableau. Un sondage mené auprès d’enfants de 10 à 15 ans montre que la moitié d’entre eux voient régulièrement des contenus qui les rendent « anxieux ou tristes », principalement sur Snapchat et TikTok.

Partager l’article

XRedditLinkedIn

Pourtant, beaucoup de ces enfants n’osent pas en parler à la maison — par honte, ou par peur d’une réaction de colère de leurs parents. C’est précisément cette distance silencieuse que la campagne, relancée le 25 août 2026, cherche à combler. La question centrale : comment les parents peuvent-ils rester présents dans la vie numérique de leur enfant, sans interdire, mais sans abdiquer non plus ?

Pourquoi les enfants se taisent plutôt que d’en parler

Marije Lagendijk, médiatrice pédagogique qui accompagne des parents dans l’éducation numérique de leurs enfants, a une explication claire : « Pour un enfant, il n’y a guère de pire perspective que de se voir confisquer son téléphone. Alors quand ils voient des choses choquantes ou qu’ils entrent en contact avec des personnes mal intentionnées, ils préfèrent souvent garder le silence. »

Ce silence creuse peu à peu un fossé entre parents et enfants sur la question du suivi de la vie en ligne. « Avec tous les risques que cela comporte », ajoute-t-elle. La distance n’est pas spectaculaire au départ — elle s’installe par petites touches, conversation après conversation évitée.

La campagne « Blijf in Beeld » : accompagner plutôt qu’interdire

C’est pour rompre ce silence que le gouvernement néerlandais a relancé la campagne Blijf in Beeld, initialement lancée l’an dernier. La secrétaire d’État Willemijn Aerdts, chargée de l’Économie numérique et de la Souveraineté, insiste : le dispositif ne repose pas sur l’interdiction, mais sur le dialogue. « Plus on commence tôt, plus il est facile de fixer des règles ensemble et de continuer à se parler à mesure que l’enfant grandit », a-t-elle déclaré lors du lancement.

Derniers articles

À lire aussi

Nouveautés de la rédaction
01Aquelarre de Cervera : comment Philippe V et 450 kg de poudre ont embrasé la nuit du Millénaire02Ouvrier en Suisse : Ce que Révèle Vraiment un Salaire de 5 000 CHF Net et Coûts Réels03Ticket Loto à la Poubelle : comment un Danois a récupéré 134 000 € à la dernière seconde

Sur le site de la campagne, les parents peuvent télécharger une « carte d’engagements » sur laquelle ils conviennent avec leur enfant des lieux et moments où le téléphone est autorisé, de ce qu’il est acceptable de partager en ligne, et du nombre de minutes d’utilisation quotidienne autorisées. Des « amorces de conversation » sont également proposées, comme : à quel moment demandes-tu de l’aide si quelque chose de déplaisant arrive en ligne ?

Assumer le conflit : ce que disent les spécialistes

Lagendijk observe que beaucoup de parents gèrent l’accompagnement des réseaux sociaux de façon très laxiste. « Quand je demande dans une salle de 50 personnes qui parle régulièrement avec ses enfants de ce qu’ils font et voient en ligne, seules quelques mains se lèvent. »

L’une des raisons : les parents connaissent souvent mal les plateformes fréquentées par leurs enfants. Et quand ils y sont eux-mêmes présents, ils évoluent dans « un monde numérique totalement différent ». Snapchat, TikTok, les chatrooms de jeux vidéo — autant d’espaces où les parents sont absents, mais où les risques, eux, sont bien présents.

L’autre raison est plus humaine : limiter l’usage du smartphone génère inévitablement des tensions. Beaucoup de parents évitent donc la confrontation. « Beaucoup de parents donnent à leur enfant un accès trop précoce à Snapchat, par exemple, parce qu’ils n’ont pas envie du conflit, explique Lagendijk. Mais c’est précisément ce conflit qu’il faut assumer. Qu’est-ce qui pose problème là-dedans ? On fixe bien des règles pour l’heure du coucher ou les bonbons. Poser des limites autour du smartphone, c’est exactement pareil. »

Grandir sans smartphone : quand les parents font front commun

Daniëlle Batist, fondatrice de la plateforme Smartphonevrij opgroeien (Grandir sans smartphone), pousse la réflexion encore plus loin. Des dizaines de milliers de parents ont rejoint sa plateforme, selon elle. L’objectif affiché : permettre aux enfants de grandir sans smartphone jusqu’à l’âge de 14 ans, et sans réseaux sociaux jusqu’à leurs 16 ans.

La difficulté, reconnaît-elle, c’est d’être le seul enfant de sa classe sans téléphone. « Mais si dans une classe, sept ou huit enfants n’ont pas d’appareil, les choses deviennent plus faciles. On constate qu’ils s’adaptent et occupent leur temps autrement : tisser des liens dans le monde réel, pratiquer un sport, lire. »

  • Fixer un âge minimal avant de donner un smartphone (la plateforme recommande 14 ans)
  • Exclure les réseaux sociaux jusqu’à 16 ans
  • Utiliser un ordinateur familial pour initier les enfants à internet de façon encadrée
  • Se coordonner avec d’autres parents de la même classe pour agir collectivement
  • Télécharger la « carte d’engagements » de la campagne Blijf in Beeld

Batist souligne que cela ne signifie pas couper les enfants de toute technologie : via un ordinateur ou un téléphone basique, ils peuvent parfaitement participer à la vie sociale et numérique. « On peut très bien initier son enfant à internet sur un ordinateur. »

Une campagne jugée utile, mais insuffisante face aux algorithmes

Batist juge la démarche gouvernementale « évidente » dans ses intentions, mais insuffisante pour protéger réellement les enfants. « Ces dernières années, il est devenu plus que clair que les réseaux sociaux sont conçus de telle sorte qu’un cerveau d’enfant ne peut pratiquement pas y résister. Il y a deux ans, la question était : quel est le problème ? Aujourd’hui, c’est une évidence. La vraie question est désormais : comment le résoudre ? »

Lagendijk, de son côté, compare l’accompagnement numérique à l’apprentissage de la natation : « On ne jette pas son enfant à l’eau sans être là. Quand ils regardent des vidéos tout petits, on reste à côté, on regarde avec eux, on leur demande si ça leur fait peur. L’éducation numérique, c’est pareil : il faut rester présent. »

La campagne Blijf in Beeld sera désormais au cœur des discussions entre le ministère, les écoles et les organisations de parents — une concertation dont les premières conclusions sont attendues avant la fin de l’année scolaire 2026-2027.

Partager l’article

5 min de lecture

XRedditLinkedIn

Votre avis nous aide

Cet article valait-il la peine d’être lu ?

La conversation continue

Commentaires

Participer à la conversation

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut