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Le Cyclop de Milly-la-Forêt : l’œuvre géante à 1h de Paris que personne n’attendait en forêt

Le Cyclop de Milly-la-Forêt : l’œuvre géante à 1h de Paris que personne n’attendait en forêt

Un dimanche de printemps, à la lisière du bois des Pauvres, entre Milly-la-Forêt et les Trois Pignons. Les promeneurs avancent sur un chemin de terre, les yeux levés vers les frondaisons, quand quelque chose d’inattendu surgit entre les troncs : une masse d’acier recouverte de milliers d’éclats de miroirs qui renvoient la lumière en toutes directions, comme un astre tombé au milieu des fougères. Pas un pylône, pas une tour. Une sculpture de 22,5 mètres de hauteur, vivante, sonore, délirante.

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Cette apparition n’est pas le fruit d’un songe. Elle s’appelle Le Cyclop, elle a été commencée clandestinement en 1969 et achevée plus de vingt-cinq ans plus tard, et elle constitue l’une des œuvres d’art les plus singulières que la France ait produites au XXe siècle. Pour la rejoindre depuis Paris, il faut moins d’une heure en voiture — ou deux heures en transports en commun. La question n’est pas de savoir si le voyage vaut le détour, mais pourquoi si peu de gens le font encore.

Le Cyclop : une utopie d’acier née en secret au cœur de l’Essonne

Tout commence par un coup de folie assumé. En 1969, le sculpteur suisse Jean Tinguely commence à ériger, sans permis ni déclaration, une structure géante dans la forêt de Fontainebleau, sur la commune de Milly-la-Forêt, en Essonne. À ses côtés, sa compagne Niki de Saint Phalle et un cercle d’amis artistes : Bernhard Luginbühl, Rico Weber, Daniel Spoerri, entre autres. Pendant des années, ils construisent en marge du monde officiel, comme des enfants bâtissant une cabane, sauf que la cabane fait sept étages.

L’œuvre ne sera inaugurée qu’en 1994, après un quart de siècle de travail collectif et intermittent. Aujourd’hui classé monument historique et géré par le Centre national des arts plastiques (CNAP), Le Cyclop ouvre ses portes au public selon un calendrier saisonnier. Il ne ressemble à rien d’autre.

Miroirs, machines et labyrinthes : ce que cache l’intérieur de la sculpture

L’extérieur frappe d’emblée : la peau de métal et de miroirs change de visage selon la saison, l’heure, l’angle du soleil. Mais c’est à l’intérieur que Le Cyclop révèle sa vraie nature. On y circule sur des passerelles étroites, on y croise des machines sonores qui grincent et tressautent, des sculptures animées par des mécanismes à la Tinguely — ce mélange de ferraille industrielle et d’humour absurde qui est sa marque.

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Chaque niveau raconte une voix différente, celle d’un artiste qui a laissé son empreinte dans un recoin de la structure. C’est moins une visite qu’une déambulation dans un cerveau collectif, légèrement mécanique, entièrement imprévisible. Les enfants y sont à leur place. Les adultes aussi, à condition d’accepter de ne pas tout comprendre.

Milly-la-Forêt : le village discret qui mérite une demi-journée de plus

Beaucoup de visiteurs repartent après Le Cyclop sans s’attarder dans le village. C’est une erreur. Milly-la-Forêt, bourg de l’Essonne à l’orée du massif des Trois Pignons, possède un patrimoine qui surprend pour sa taille modeste.

Sa halle du XVe siècle, toujours debout au centre du village, est l’une des mieux conservées d’Île-de-France. Non loin, une chapelle Saint-Blaise-des-Simples, décorée par Jean Cocteau lui-même — qui vécut et mourut à Milly en 1963 — vaut l’arrêt pour ses fresques naïves et lumineuses. Christian Dior possédait lui aussi une résidence ici pendant plusieurs années, attiré par la forêt et le calme de l’Essonne. Le château, le pont médiéval et les lavoirs complètent un tableau que le tourisme de masse n’a pas encore abîmé.

Randonnée aux Trois Pignons : le massif qui encadre la journée

Le bois des Pauvres où se trouve Le Cyclop fait partie d’un ensemble forestier plus vaste, le massif des Trois Pignons, qui s’étend sur plusieurs milliers d’hectares entre Milly-la-Forêt et Arbonne-la-Forêt. C’est l’un des terrains de randonnée et d’escalade de blocs les plus fréquentés d’Île-de-France, notamment par les grimpeurs qui s’entraînent sur ses chaos de grès.

Plusieurs circuits balisés permettent d’organiser une journée complète :

  • Le sentier du Cyclop (environ 6 km, durée 1 h 30), qui relie le village à la sculpture à travers la forêt.
  • Le circuit des Trois Pignons nord (12 km), pour les marcheurs à l’aise sur terrain sablonneux.
  • Les blocs de la Canche aux Merciers, point de départ de nombreux itinéraires d’escalade de niveau débutant à confirmé.
  • Le tour du plateau de Longeville (8 km), avec de belles vues dégagées sur le massif.

La forêt se visite toute l’année, mais le printemps et l’automne sont les saisons les plus agréables : la lumière est rasante, les teintes changeantes, et la fréquentation bien inférieure à celle des week-ends d’été.

Comment organiser la visite du Cyclop depuis Paris

Le Cyclop n’ouvre pas en continu : les visites sont guidées et se déroulent selon un calendrier publié chaque année par le CNAP. Il est fortement conseillé de vérifier les dates d’ouverture et de réserver sa place avant de partir, les créneaux étant limités.

En voiture depuis Paris, compter environ 55 minutes via l’A6 en direction de Lyon, sortie Milly-la-Forêt. En transports en commun, le trajet combine le RER D jusqu’à Malesherbes ou La Ferté-Alais, puis un bus ou un taxi local — prévoir 1 h 45 à 2 h. L’adresse de la sculpture est le bois des Pauvres, Milly-la-Forêt (91490).

Prévoir des chaussures de marche : le chemin d’accès depuis le parking est en terre et peut être boueux après la pluie. Le site n’est pas accessible en poussette classique.

Pour ceux qui souhaitent prolonger l’expérience, plusieurs gîtes et chambres d’hôtes sont disponibles à Milly-la-Forêt et dans les villages alentour — ce qui transforme l’excursion à la journée en un week-end complet dans l’un des recoins les moins balisés, et les plus attachants, de l’Île-de-France.

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