Un vendredi soir d’octobre, les grandes portes en métal du Ground Control s’ouvrent sur autre chose que les habituels marchés de créateurs ou les concerts électro. Des rangées de livres, des espaces de lecture, une scène où l’on débat d’adaptations — et au cœur de tout ça, le logo rouge reconnaissable entre tous. Ce week-end-là, la plateforme de streaming qui a conquis les salons du monde entier tente quelque chose d’inattendu : rendre hommage aux œuvres littéraires qui ont nourri ses plus grands succès.
L’événement s’appelle le Netflix Book Festival, et il se tiendra du vendredi 16 au dimanche 18 octobre 2026 au Ground Control, dans le 12e arrondissement de Paris. Organisé en partenariat avec le Centre national du Livre, il soulève une question que beaucoup de lecteurs et de sériephiles se posent depuis longtemps : quand une adaptation réussit, qui en sort gagnant — le livre ou l’écran ?
Pages et écrans : un lien que Netflix a appris à cultiver
Adapter un roman à succès, c’est toujours risqué. Les fans projettent sur chaque personnage une image précise, forgée à coups de centaines de pages, et la moindre trahison se paie cher dans les commentaires. Mais quand l’adaptation fonctionne, elle accomplit quelque chose de remarquable : elle remet le livre en circulation, souvent des années après sa première publication.
Netflix l’a compris mieux que la plupart. Depuis le milieu des années 2010, la plateforme a bâti une partie de son catalogue sur des textes existants — romans, BD, mangas, nouvelles. Le Jeu de la Dame, adapté du roman de Walter Tevis, a provoqué une ruée sur les échiquiers et les librairies à la fois. La Chronique des Bridgerton, tirée de la saga de Julia Quinn, a propulsé une collection de romance historique dans les meilleures ventes mondiales. Le lien entre les pages et les écrans n’est pas unilatéral : il circule dans les deux sens, et c’est précisément ce double mouvement que le festival entend explorer.
Ground Control, du 16 au 18 octobre : trois jours en immersion littéraire
Le Ground Control, situé au 81, rue du Charolais dans le 12e, est l’un des tiers-lieux les plus vivants de la rive droite. Ses grandes halles industrielles, d’ordinaire dédiées à la restauration et aux événements culturels, vont se transformer pendant trois jours en une sorte de bibliothèque à ciel ouvert — une installation hybride mêlant espace de lecture, scène de débat et zone d’animation.
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Au programme, le festival prévoit des rencontres avec des auteurs et des showrunners, des lectures musicales, des tables rondes et des animations pour tous les publics. L’entrée est gratuite, ce qui place l’événement dans une logique d’accessibilité assumée, en phase avec la mission du Centre national du Livre.
Les œuvres à l’honneur couvrent un spectre délibérément large :
- Lupin, d’après le gentleman cambrioleur d’Arsène Lupin imaginé par Maurice Leblanc
- Le Jeu de la Dame, roman de Walter Tevis publié en 1983
- La Chronique des Bridgerton, saga romanesque de Julia Quinn
- Astérix et Obélix, le combat des chefs, issu de la bande dessinée emblématique de Goscinny et Uderzo
- Des titres issus du manga et du roman graphique, genres de plus en plus présents dans le catalogue de la plateforme
Pourquoi le Centre national du Livre s’associe à Netflix
Le partenariat avec le Centre national du Livre (CNL), établissement public sous tutelle du ministère de la Culture, n’est pas anodin. Le CNL soutient depuis des décennies l’édition française, les librairies indépendantes et la promotion de la lecture. S’associer à une plateforme de streaming peut sembler paradoxal — l’une est accusée de grignoter le temps consacré à la lecture, l’autre défend précisément ce temps.
Mais la logique du festival repose sur l’idée inverse : une série réussie peut générer un afflux de nouveaux lecteurs vers le livre source. C’est un argument que le CNL a visiblement jugé suffisamment solide pour y apposer son nom. Le Book Festival fonctionne alors comme un pont institutionnel entre deux industries culturelles qui ont plus à gagner à collaborer qu’à s’ignorer.
Ce que les visiteurs peuvent concrètement attendre du week-end
Trois jours, c’est court, mais le programme annoncé est dense. Les lectures musicales — format où un texte est lu à voix haute sur un fond sonore composé pour l’occasion — promettent une expérience différente de la simple table ronde. Les débats, eux, devraient interroger frontalement les choix de production : que faut-il sacrifier d’un roman pour qu’il tienne en dix épisodes ? Un personnage secondaire peut-il devenir le cœur d’une série sans trahir l’auteur ?
L’événement est ouvert à tous les âges et à tous les genres littéraires, du thriller au roman sentimental en passant par la bande dessinée et le manga — une façon de signaler que la légitimité culturelle ne se limite pas aux œuvres estampillées « littérature sérieuse ». Pour une ville comme Paris, qui accueille chaque année la Foire du Livre de Brive, le Salon du Livre Rare et des dizaines de festivals thématiques, un Book Festival gratuit en plein 12e représente une offre complémentaire, urbaine et populaire.
Pratique : tout ce qu’il faut savoir avant d’y aller
Le Netflix Book Festival se tient du vendredi 16 au dimanche 18 octobre 2026 au Ground Control, 81 rue du Charolais, Paris 12e. L’accès est gratuit. Le lieu est accessible en métro depuis la station Gare de Lyon (lignes 1 et 14, RER A, B et D) ou depuis la station Dugommier (ligne 6), à environ 10 minutes à pied.
Le programme détaillé des rencontres, lectures et débats sera communiqué par Netflix et le Centre national du Livre dans les semaines précédant l’ouverture — une liste d’invités précise reste attendue, et c’est sans doute là que se jouera la véritable jauge de l’événement.
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