Elle tourne sa tête triangulaire dans votre direction, la pivote à 180 degrés — et vous fixe avec une intensité qui donne l’impression d’avoir été attendu. Quiconque rencontre pour la première fois une mante religieuse (Mantis religiosa) dans son jardin en reste sans voix. Pourtant, cet insecte aussi fascinant qu’intimidant est totalement inoffensif pour l’être humain.
Et il y a de bonnes raisons pour lesquelles la mante religieuse est particulièrement visible cet été. L’été 2026 s’annonce comme une année record pour l’espèce, avec des observations en hausse spectaculaire à travers toute l’Europe. Mais que signifie vraiment cette prolifération, et faut-il s’en inquiéter ou s’en réjouir ?
2026, une année record : les chiffres qui confirment l’explosion des observations
Depuis début juillet, le Naturschutzbund Deutschland (NABU) — équivalent allemand des associations naturalistes françaises comme la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) — a recensé plus de 22 000 signalements de mantes religieuses. C’est près de trois fois plus que sur l’ensemble de l’année précédente. En une seule journée record, le portail nabu-naturgucker.de a enregistré plus de 1 000 déclarations en vingt-quatre heures.
La raison principale est climatique. « À partir d’une température moyenne de 17 degrés Celsius, le développement des œufs et des larves s’accélère considérablement », explique Alexander Wirth, analyste de données chez nabu-naturgucker.de. L’été caniculaire de 2026 a donc offert des conditions idéales à l’espèce pour se reproduire à grande vitesse. En France, où les étés se réchauffent régulièrement depuis une décennie, le phénomène est tout aussi perceptible.
Ce que la mante religieuse fait réellement dans votre jardin
La réputation de la mante religieuse dépasse souvent la réalité. Sa tête mobile, ses yeux à facettes et ses pattes ravisseuses munies de crochets lui donnent une allure préhistorique. Et il est vrai que les femelles dévorent parfois les mâles, plus petits — ce type de cannibalisme sexuel, documenté aussi chez certaines araignées, n’est pas une légende. Pourtant, cela ne concerne en rien les humains ni les animaux domestiques.
Dans un jardin, la mante religieuse joue un rôle d’auxiliaire naturel. Elle se nourrit quasi exclusivement de petits insectes nuisibles : moustiques, mouches, pucerons. Sa présence est donc un signe de bonne santé écologique du jardin, et non une menace.
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Quelques faits essentiels sur cet insecte hors du commun :
- La mante religieuse se nourrit exclusivement de petits insectes vivants, jamais de végétaux.
- Les femelles peuvent atteindre jusqu’à 8 centimètres de longueur, les mâles jusqu’à 6 centimètres.
- Elle appartient à l’ordre des Mantodea, qui regroupe plus de 2 400 espèces à travers le monde.
- Aux États-Unis, certaines mantes ont été observées attaquant de petits colibris près des mangeoires — ce comportement n’a jamais été documenté en Europe.
- En France métropolitaine, la mante religieuse est une espèce protégée depuis l’arrêté du 23 avril 2007, inscrite à l’annexe II de la Convention de Berne.
Pourquoi la chaleur explique cette apparition soudaine partout en France
La mante religieuse était autrefois cantonnée aux régions méridionales de France — Provence, Languedoc, Roussillon. Aujourd’hui, elle remonte progressivement vers le nord, signalée de plus en plus fréquemment en Auvergne, en Bourgogne et même en Île-de-France. Ce glissement vers le nord s’explique par le réchauffement progressif des étés français.
Sa saison principale s’étend de juillet à fin septembre. Après les premières gelées, les adultes meurent. L’espèce hiverne exclusivement sous forme d’oothèque — un paquet d’œufs protégé par une substance mousseuse — fixée sur des tiges de graminées ou des brindilles. C’est sous cette forme que la génération suivante attend le retour des beaux jours.
Insecte protégé en France : ce que vous risquez si vous lui faites du mal
En France, la mante religieuse bénéficie d’une protection légale stricte. L’arrêté ministériel du 23 avril 2007 interdit formellement de la capturer, de la blesser, de la tuer ou de détruire ses oothèques. Cette protection s’étend également à son habitat. Toute infraction est susceptible d’être sanctionnée au titre de la loi sur la protection de la faune sauvage.
Concrètement, si vous en trouvez une dans votre jardin ou sur un mur de votre maison, la meilleure conduite est de l’observer sans la toucher. Elle n’a nul besoin d’aide — et encore moins d’être déplacée. Si elle s’est installée sur un pot ou un outil de jardin dont vous avez besoin, posez simplement l’objet près d’une haie et attendez qu’elle parte d’elle-même.
Que faire si vous observez une mante religieuse près de chez vous
Photographier et signaler : c’est le réflexe que les naturalistes recommandent. En France, le portail iNaturalist et l’application Faune France, gérée par la LPO, permettent de déclarer facilement une observation avec photo et localisation GPS. Chaque signalement contribue à mieux comprendre la progression de l’espèce sur le territoire national.
Le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), via le programme de sciences participatives INPN Espèces, collecte également ces données pour affiner la cartographie de la distribution de la mante en France. À ce jour, les données disponibles montrent une remontée nette vers les zones où l’espèce était absente il y a encore vingt ans.
Alors, si une mante religieuse vous fixe depuis le bord de votre terrasse un matin d’août, ne la chassez pas. Prenez-la en photo, notez l’endroit précis, et signalez-la : votre observation pourrait enrichir la connaissance scientifique de l’une des espèces les plus fascinantes de la faune française.
Questions fréquentes sur la mante religieuse
La mante religieuse est-elle dangereuse pour les humains ou les animaux domestiques ?
Non. La mante religieuse est totalement inoffensive pour les humains et les animaux de compagnie. Elle se nourrit exclusivement d’insectes et ne manifeste aucune agressivité envers les êtres plus grands qu’elle. On peut l’observer et la photographier sans aucune crainte.
Jusqu’à quand peut-on observer la mante religieuse en France ?
La haute saison dure de juillet à fin septembre. Les adultes disparaissent dès les premières gelées automnales. L’espèce passe l’hiver sous forme d’oothèque, accrochée à des tiges végétales, et les jeunes larves n’éclosent qu’au printemps suivant, lorsque les températures remontent durablement au-dessus de 17 °C.
Que faire si je découvre une oothèque dans mon jardin ?
Surtout ne pas la toucher ni la déplacer. L’oothèque est le stade hivernal protégé de la mante, et la détruire est interdit par la loi française. Signalez sa présence sur iNaturalist ou via l’application Faune France, et laissez-la en place — au printemps, des dizaines de larves pourraient en éclore.
Si l’été 2026 confirme la tendance observée depuis le début juillet, les chercheurs du MNHN s’attendent à ce que la zone de présence régulière de la mante religieuse franchisse prochainement la Loire de manière définitive.
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