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Fort de Romainville : Comment un Bastion du XIXe Siècle Devient un Quartier Vivant d’ici 2033

Fort de Romainville : Comment un Bastion du XIXe Siècle Devient un Quartier Vivant d’ici 2033

Un matin de semaine, les remparts en meulière du Fort de Romainville se dressent dans la brume, silencieux et massifs, à quelques minutes à peine du périphérique parisien. Pendant des décennies, les habitants de La Ville-des-Lilas ont longé ces murailles sans jamais y pénétrer — une forteresse de pierre condamnée, enfouie dans le quotidien d’une banlieue dense.

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Aujourd’hui, tout cela est sur le point de changer. La Ville-des-Lilas a finalisé l’acquisition du site, et le projet Grand Lilas doit transformer ce géant endormi en un quartier entier d’ici 2033. Mais entre la mémoire doulou­reuse de la Seconde Guerre mondiale et les ambitions urbaines du Grand Paris, la métamorphose est plus complexe qu’un simple chantier.

Un fort construit pour défendre Paris, devenu prison pour des résistantes

Le Fort de Romainville a été érigé entre 1844 et 1848, dans le cadre de la grande ceinture de fortifications destinée à protéger la capitale. À l’époque, il représente l’état de l’art de l’architecture militaire française : fossés profonds, casemates voûtées, remparts capables d’absorber les obus de l’artillerie lourde.

Mais c’est pendant l’Occupation que le fort entre dans l’histoire la plus sombre. L’armée allemande s’en empare et le convertit en camp d’internement et de transit. Des milliers de femmes résistantes y sont détenues avant d’être déportées vers les camps d’Europe centrale. Une mémoire longtemps tue, que le projet cherche désormais à inscrire dans la pierre de manière permanente.

Le mémorial inédit dédié aux femmes en Résistance et en Déportation

Au cœur du futur quartier, un mémorial entièrement consacré aux femmes en Résistance et en Déportation sera créé — une première en France à cette échelle. Le choix du site n’est pas symbolique par défaut : c’est ici, dans ces murs, que des centaines d’entre elles ont attendu un sort qu’elles connaissaient trop bien.

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Ce lieu de mémoire entend sortir ces histoires individuelles de l’ombre collective. Selon les grandes lignes du projet, il combinera espace muséographique, archives accessibles au public et programmes pédagogiques à destination des établissements scolaires de Seine-Saint-Denis et d’Île-de-France.

Place des Arts, hôtel en caserne, ferme urbaine : ce que le projet Grand Lilas prévoit concrètement

Le programme est vaste. Autour d’une grande place centrale baptisée place des Arts, le site accueillera des logements, une résidence étudiante, des ateliers d’artisans, des espaces de coworking et un incubateur dédié à l’alimentation durable. L’ancienne caserne sera, elle, reconvertie en hôtel. Les casemates — ces galeries voûtées qui courent sous les remparts — retrouveront une vie nouvelle en hébergeant associations et activités artisanales.

La liste des équipements prévus donne une idée de l’ampleur du chantier :

  • Une ferme urbaine de près de 13 800 m² installée sur les remparts et les toitures
  • Un parc paysager de 2 hectares ouvert au public
  • Un bois de 6 000 m² planté à l’intérieur de l’emprise
  • Des toits végétalisés sur l’ensemble des bâtiments réhabilités
  • Un belvédère offrant une vue panoramique sur la plaine de France
  • Des panneaux solaires et un système de chauffage par géothermie

Honnêtement, peu de projets urbains en banlieue parisienne affichent une telle densité programmatique sur un seul et même site. Le Fort de Romainville cumule à la fois logement, culture, mémoire, agriculture urbaine et tourisme — un pari ambitieux, même à l’échelle du Grand Paris.

Un calendrier serré : les premières ouvertures dès 2028, l’ensemble livré en 2033

La Ville-des-Lilas, désormais propriétaire du site, peut officiellement lancer les travaux. Les premiers espaces devraient ouvrir progressivement à partir de 2028, selon les informations communiquées dans le cadre du projet Grand Lilas. L’ouverture complète du quartier est prévue pour 2033, soit près de 185 ans après la pose des premières pierres du fort.

Ce calendrier reste soumis aux aléas habituels des grands chantiers urbains en Île-de-France — études archéologiques, dépollution éventuelle des sols, coordination avec les réseaux existants. La phase de concertation publique avec les habitants de La Ville-des-Lilas et des communes voisines devra également être menée avant que les pelles mécaniques n’entrent en action à grande échelle.

Ce que ce projet révèle des ambitions du Grand Paris pour ses friches militaires

Le Fort de Romainville n’est pas un cas isolé. La petite couronne parisienne compte plusieurs anciennes emprises militaires en attente de reconversion, dont certaines font l’objet de tensions entre collectivités locales et État sur la question du foncier. Le projet des Lilas illustre une approche qui mise sur la mixité fonctionnelle plutôt que sur la simple densification résidentielle.

La dimension environnementale — géothermie, solaire, ferme urbaine, forêt urbaine — répond aux objectifs du Plan Climat de la Métropole du Grand Paris, qui vise la neutralité carbone à l’horizon 2050. Si le projet tient ses promesses, il pourrait devenir une référence pour d’autres reconversions de sites militaires en Île-de-France.

Reste à savoir si le mémorial, pièce la plus délicate du puzzle, obtiendra les financements nécessaires à la hauteur de ce qu’il doit honorer.

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